Ce texte appartient à la partie "Vaines, amour vaines" de mon recueil.

 

                              Partir

Voilà. Déjà il est temps de me séparer de toi pour prendre la route du retour.
 
Le temps nous presse ou bien les autres ou nous-mêmes et il faut partir.
 
Partir, déjà, avec ces mots au fond des poches, de la gorge, au fond du regard,
les informulés, ce qui n'a pu être dit.
 
Voilà qu'il faut partir. Et on part, mais le poids du silence, qui pèse plus qu'aucun
départ, rejoue sans cesse la rencontre regrettée.
 
L'un en face de l'autre, les notes insatisfaites de quelques anecdotes,
nous biaisons pour ne pas dire, nous ne savons que dire, que le jour et la nuit,
le vent, le temps...
 
Comment nous atteindre?
 
J'aimerais te dire. J'aimerais te sentir tout contre moi serré, pour éloigner la
distance.
 
Comme si les corps savaient remplacer nos mots ou la présence tromper
nos silences.
 
Voilà  qu'il faut partir et c'est le vide d'ici-bas qui parle pour moi, la nuit
et les jours, lois de l'indicible.
 
Un dixième "au revoir", l'indécision, l'hésitation de mes phrases maladroites,
interrompues qui se cherchent en te cherchant.
 
 
Commentaire : parfois, les gens qui s'aiment, croient s'aimer ou tentent de s'aimer ne parviennent pas à se regarder l'un l'autre ni à échanger réellement. Leurs séparations sont comme leurs retrouvailles : vides et décevantes et ils marchent éloignés l'un de l'autre sans jamais se toucher :
 
Illustration de Bernard Munier

Illustration de Bernard Munier

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