Voici la suite des explications concernant l'écriture des poèmes de mon recueil.

 

         Le besoin d'écrire fut, à l'origine, causé par un malaise général et plutôt confus.

Pourtant, certains faits ont contribué à donner un visage concret, réel, à ce malaise.

L'évènement principal fut la découverte, assez tôt, des  horreurs et des actes misérables

commis par l'humain. Entre autres choses, évidemment, les guerres et le lot de cruautés

qui les accompagne. Une des périodes qui m'a le plus marquée dans mon adolescence

fut celle de la première et de la deuxième guerre mondiale que notre culture s'efforce

de nous faire connaître, sans forcément y trouver ( y chercher ??? ) des remèdes.

 

Voici un des poèmes écrits sur ce sujet et qui se trouve dans la première partie du recueil :

                                                            Cauchemars

 

"In saecula saeculorum

 

    Je n'ose pas y croire...

Ce temps qui n'efface pas les flammes crevées

de l'humanité crevarde.

     Je n'ose pas y croire...

Ce silence qui coule dans nos veines

en hurlant l'horreur des jours passés, présents,

sans futur.

      Je n'ose pas y croire...

Ce ciel noir sans étoile sans espoir

qui se dresse depuis mille et mille ans

sur nos crânes chauves de criminels.

      Je n'ose pas y croire...

Que quelque part un "Auschwitz" ait pu exister,

qu'ailleurs il ne restât plus de Dresde,

que des squelettes nus de maisons.

En face, le regard inutile d'un ange triste

qui baisse encore les bras vers la terre.

Quelle horreur que tout ce sang, ce cortège qui chante !

Quelle horreur que tous ces mots qui ne servent à rien !

qui parlent aux âmes, aux corps torturés, à la haine !

dans le néant de la réalité !

le néant de nos livres, de nos doigts sans voix !

      Je n'ose pas y croire

Ces quais de gare sans adieu sans au revoir,

ces wagons gorgés de bêtes humaines,

qui comptent les villes sans compter leurs morts;

les soleils livides des orbites des pantins de bois,

des êtres qui marchent sans laisser de traces sur le sol.

     Je n'ose pas y croire

que la vie soit si fragile, si petite,

qu'un homme puisse détruire un autre homme;

qu'on puisse croire au jour qui se lève,

Avec le sang des frères sur la langue. "

 

            Au départ, ceux qui ont découvert ce texte lui ont reproché son ton quelque peu "naïf". Le "je n'ose pas y croire" qui se répète tout au long du poème donne en effet l'impression d'une difficile ( voire impossible) prise de conscience de ce qui s'est réellement, historiquement passé ( la shoah, les guerres de tranchées, Hiroshima, la destruction des villes...). La vérité est que ce texte ne prétend pas remettre en question des faits historiquement prouvés. Il exprime seulement le sentiment de celui qui ne parvient pas à accepter que de telles horreurs aient pu se produire.

 

Si une phrase entre en résonnance avec l'esprit de ce poème c'est bien ce "N'oubliez jamais" gravé sur les murs des lieux que l'on sait.

 

             Non, le poète ne peut oublier . Mais se contentera-t-il de " célébrer" de "commémorer", de "rappeler"ces faits , d'en PARLER ? Le poète est aussi celui AGIT au jour le jour, avec ses proches, avec les inconnus, avec quiconque en humain.  Il  tente d'être présent dans le monde, d'être conscient de l'existence des autres et de se montrer dignes en choisissant l'honnêteté et l'entraide, autant qu'il le peut, malgré son imperfection, sa frilosité et son égoïsme naturel.   C'est peut-être cela l'honnêteté, la sincérité du poète qui dit le monde et tente de le vivre.

 


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           En réalité, cet espérance, ce sentiment positif et cette idée selon laquelle il est possible d'agir plus humainement de manière individuelle et au quotidien n' étaient pas présents en moi au moment de l'écriture

du recueil. Au début, il y avait le pessimisme, le dégoût, l'indignation, le refus d'être dans ce monde et donc l'incapacité à agir, le retranchement.

 

            Ce n'est qu'après avoir écrit tout cela et  cherché des réponses que mon regard, devenu plus positif, est parvenu à entrevoir des possibilités plus heureuses.




Illustration de Bernard Munier

Illustration de Bernard Munier

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