Quand nous écrivons un poème, c'est souvent en premier lieu pour s'exprimer, pour "se débarasser" d'une pensée qui prend beaucoup de place dans notre esprit et dont nous pensons qu'elle ne peut, ou ne doit rester personnelle. Mais ensuite, quel avenir donnons-nous à nos textes ?

 

René Daumal pense qu'un texte ne peut vivre si un lecteur ne le lit et ne s'imprègne des idées qu'il véhicule ou des sentiments qu'il exprime :

 

" D'un fruit qu'on laisse pourrir à terre, il peut encore sortir un nouvel arbre. De cet arbre, des fruits nouveaux par centaines.

Mais si le poème est un fruit, le poète n'est pas un arbre. Il vous demande de prendre ses paroles et de les manger sur-le-champ. Car il ne peut, à lui tout seul, produire son fruit. Il faut être deux pour faire un poème. Celui qui parle est le père, celui qui écoute est la mère, le poème est leur enfant. Le poème qui n'est pas écouté est une semence perdue. [...]"

 

"LES DERNIERES PAROLES D'UN POETE" in Le Contre-Ciel.

 

 

Ici Daumal nous propose une métaphore filée : le poète et le lecteur seraient comme deux amants dont la relation seule peut faire vivre le poème. Mais suffit-il d'entendre un texte pour le faire vivre ? Non, il faut l'écouter ( faire attention à son sens, le comprendre) puis le manger ( s'imprégner de son sens, se l'approprier personnellement et vivre avec).

 

En tant que lecteur que devons-nous faire des textes que nous lisons ?

 

 

René Daumal (1908-1944) est un poète "philosophe" pour qui l'écriture était un moyen de se connaître mieux, de travailler sur soi et de véhiculer des vérités essentielles sur l'homme et ce qui fait sens. " Son langage poétique, exprimant une vérité, présuppose une prise de conscience [...]; il doit être direct, et viser un but précis : rendre transparent ce "Contre-Monde" dont le ciel même nous cache la vue" ( analyse de Claudio Rugafiori, préface du Contre-Ciel )

Bernard Munier

Bernard Munier

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