Comment, et par quoi le Pavillon Mélancolique a-t-il commencé ?

 

" La Pluie

 

 

La pluie frappe enfin à ma fenêtre.

Son voile cristalin habille l'aube de pâleur,

cicatrisant les plaies de la sécheresse.

 

Le ciel pur et gris domine,

mélancolique lame dans l'abysse du regard.

Les champs sont fouettés par le filet diagonal

éparpillant au large leurs bras abandonnés.

Devant mes yeux tournoie un carrousel vert.

 

Je peux enfin voir les vitres se troubler.

Sur leurs visages se dessinent les veines fluviales.

Mais de quel souvenir resurgi de la mémoire de l'air

se plaint ainsi la ridule du verre?

Vers quel chant enfoui sous la grisaille liquide

tourne-t-elle son remords dégoulinant?

 

De l'autre côté des orbites trempées,

je regarde les pins se tortiller

au gré du souffle terrestre.

Lacérant l'onde vive du déluge

ils étirent leurs épines avides.

 

J'aime la pluie, ses sillons

qui enlacent mes étoffes inutiles.

Son miroir reflète l'envers de ma terreur.

 

J'aime la pluie ses chemins,

rivières où c'est moi par moi retrouvée,

où sans crainte je peux enfin me livrer à moi-même."

 

 

Dans ce poème, qui ouvre le recueil, la pluie c'est d'abord la pluie réelle qu'on regarde à travers une fenêtre. C'est aussi une image pour représenter la tristesse qui s'extériorise, qui se manifeste par des larmes. 

 

Cette pluie qui tombe et que je regarde tomber c'est donc ma propre tristesse que j'accepte de regarder et que j'extériorise. Accepter de se regarder en face quand on est dans la souffrance, accepter de se voir pleurer, accepter tout simplement de souffrir est déjà un pas vers soi, vers la compréhension de soi.

 

Or l'écriture poétique est un moyen priviligié d'extérioriser ses sentiments pour pouvoir les comprendre et les regarder en face. C'est un moyen de se retrouver soi-même, comme on se retrouve quand on se regarde dans un miroir.

 

A l'origine du recueil est une souffrance diffuse et confuse mais puissante, un mal être omniprésent. Comme le monde, les gens, les proches n'aiment pas l'image de la souffrance et comme je ne savais pas en parler, j'ai choisi d'écrire.

 

Ecrire pour dire, mais pour prendre le temps de réfléchir à ce que j'allais dire. Ecrire pour trouver les mots justes, les mots traduisant ma pensée et mes sentiments, pour trouver les mots intenses qui exprimeraient la violence  de ce que je ressentais.

 

Suite au prochain épisode... ( Pourquoi écrire : participer au sujet dans la communauté )

 

Illustration de Bernard Munier

Illustration de Bernard Munier

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